Souffledébutant
Nadi shodhana, la respiration alternée d’une narine à l’autre
Une narine fermée, puis l’autre, sur un souffle lent : comment se pratique nadi shodhana, ce que signifie son nom et ce que la recherche en a mesuré.
Par Faustine Brunelle, rédactrice en chef relu le

En un souffle
Nadi shodhana est un pranayama, une technique de souffle du yoga, où l’on respire lentement par une seule narine, l’autre étant fermée par le pouce ou l’annulaire. On inspire d’un côté, on expire de l’autre, en alternant. Les études mesurent une baisse immédiate et modeste de la tension artérielle chez des adultes en bonne santé.
Temps après temps
S’asseoir le dos droit, épaules relâchées, la main gauche posée sur le genou ; respirer librement.
Replier l’index et le majeur de la main droite vers la paume, en gardant le pouce et l’annulaire libres.
Fermer la narine droite avec le pouce et expirer lentement par la narine gauche.
Inspirer par la narine gauche, sans forcer ni gonfler la poitrine.
Fermer la narine gauche avec l’annulaire, libérer la droite et expirer par la narine droite.
Inspirer par la narine droite, au même rythme.
Fermer la narine droite, libérer la gauche et expirer par la gauche : un cycle est bouclé.
Poursuivre quelques cycles, puis reposer la main et laisser le souffle redevenir naturel.
Nadi shodhana en bref
Nadi shodhana est une technique de souffle du yoga, un pranayama, qui consiste à respirer lentement par une seule narine, puis par l’autre. La main droite ferme une narine avec le pouce, puis l’autre avec l’annulaire : on inspire d’un côté, on expire de l’autre, et l’on alterne. Le rythme reste lent et silencieux, sans effort.
La même pratique porte d’autres noms selon les écoles : nadi shuddhi, anuloma viloma, ou simplement respiration alternée. Les chercheurs qui l’étudient la désignent souvent par son nom anglais, alternate nostril breathing. Elle se pratique assis, dans une posture stable, de la simple assise en tailleur à la posture du lotus pour qui y est habitué.
Ce que veut dire le nom
Le dictionnaire sanskrit de Monier-Williams donne pour nadi le sens de tube, de tige creuse ou d’organe tubulaire, comme une veine ou une artère. Shodhana y est l’action de nettoyer, de purifier. Nadi shodhana se traduit donc littéralement par « purification des conduits ».
Dans la tradition du yoga, ces nadis désignent des voies non matérielles où circulerait le souffle vital ; c’est en ce sens qu’une étude publiée en 2025 présente la technique, comme une méthode visant la purification de ces voies. Ces conduits n’ont pas d’équivalent anatomique : la traduction indique l’intention de la pratique, pas un mécanisme vérifié.
Le geste de la main
| Doigt de la main droite | Rôle |
|---|---|
| Pouce | Ferme la narine droite |
| Index et majeur | Repliés vers la paume |
| Annulaire | Ferme la narine gauche |
| Auriculaire | Accompagne l’annulaire, sans appuyer |
Le geste doit rester léger : les doigts se posent sur l’aile du nez, juste sous l’os, et ferment la narine sans l’écraser. Dans l’étude indienne de 2025, le cycle commençait par une expiration à gauche, narine droite fermée par le pouce, et se terminait par une expiration du même côté. Les participants bouclaient un cycle en 15 secondes, soit 4 cycles par minute.
Ce que mesurent les études sur nadi shodhana
Un essai randomisé publié dans l’International Journal of Yoga a comparé, chez 132 adultes de 25 à 50 ans à la tension normale, la respiration alternée, deux formes de souffle par une seule narine et un groupe témoin. Juste après la pratique, la tension systolique et diastolique avait baissé dans le groupe alterné, et la pression artérielle moyenne y était plus basse que chez les témoins. Ces effets ont été mesurés chez des personnes qui ne pratiquaient pas le yoga.
Une autre étude, chez 40 volontaires qui découvraient la technique, a relevé après la pratique une baisse de la tension systolique et une variabilité cardiaque orientée vers le système nerveux parasympathique, celui du repos. Les auteurs parlent d’un basculement de l’équilibre nerveux, même pour une pratique courte.
Ces travaux ont deux limites. Ils mesurent des effets immédiats, dans les minutes qui suivent, et non ce qui se passe après des mois de pratique. Ils portent sur des adultes en bonne santé : ils ne disent rien d’un usage chez une personne hypertendue traitée, qui reste à discuter avec son médecin.
Respiration alternée et autres souffles
Nadi shodhana appartient aux souffles lents, comme la respiration ujjayi sonore, qui ralentit l’air au fond de la gorge. Elle se situe à l’opposé du souffle kapalabhati actif, fait d’expirations rapides et appuyées.
Pour situer ces techniques entre elles, la rubrique consacrée aux pratiques du souffle les présente une par une, avec leur nom sanskrit.
Précautions avant de pratiquer nadi shodhana
Une revue clinique sur les pratiques respiratoires, publiée dans Frontiers in Psychiatry, considère la respiration lente, à volume naturel, comme une pratique à faible risque pour la plupart des adultes en bonne santé. Elle demande davantage de prudence pour les techniques avec rétention du souffle, en particulier en cas de maladie cardiovasculaire ou d’hypertension : certaines écoles ajoutent une rétention entre l’inspiration et l’expiration, qui sort alors du cadre de la respiration lente.
La même revue cite des signaux qui imposent d’arrêter aussitôt : sensation de malaise, douleur dans la poitrine, palpitations, symptôme neurologique nouveau. Pendant la grossesse, elle réserve aux souffles lents un usage sous avis médical. Un nez bouché, une sinusite ou un rhume rendent la pratique inconfortable ; mieux vaut alors s’en tenir au souffle libre.
Les mots de la pratique
- nadi
- Mot sanskrit qui désigne un tube ou un conduit, comme une veine ; la tradition du yoga l’emploie pour les voies où circulerait le souffle.
- shodhana
- Action de nettoyer, de purifier ; nadi shodhana se traduit par « purification des conduits ».
- pranayama
- Ensemble des techniques de souffle du yoga, où l’on règle le rythme et le trajet de la respiration.
À emporter sur le tapis
- Se moucher avant de commencer : une narine bouchée rend l’exercice inconfortable.
- Poser les doigts sur l’aile du nez, sans appuyer sur l’arête.
- Garder un souffle silencieux et régulier ; s’il devient court, revenir à la respiration libre.
- Compter les cycles sur les doigts de l’autre main aide à rester attentif.
Questions de pratiquants
Comment pratiquer nadi shodhana ?
Quelle est la différence entre nadi shodhana et anuloma viloma ?
Pourquoi respire-t-on par le nez au yoga ?
Avant d’écrire, nous avons lu
- Monier-Williams, entrée nadi (dictionnaire sanskrit, Université de Cologne)
- Monier-Williams, entrée shodhana (dictionnaire sanskrit, Université de Cologne)
- Effets hémodynamiques de la respiration alternée, essai randomisé (PMC)
- Nadi shuddhi et variabilité cardiaque chez de jeunes adultes (PMC)
- Mécanismes et sécurité des pratiques respiratoires, revue clinique (PMC)
Relu le 13 octobre 2026. Chaque lien ouvre le site cité.